Une caricature encore répandue voudrait que les intervenants en psychiatrie, notamment ceux d’orientation psychodynamique et en particulier ceux dont les pratiques s’inspirent de la psychanalyse, tiennent les parents, en particulier les mères, pour responsables des troubles de leurs enfants — caricature héritée de théorisations anciennes et aujourd’hui largement dépassées, mais qui continue d’alimenter la défiance de certaines familles, en particulier dans le champ de l’autisme, où elle a nourri une controverse publique aiguë au cours des années 2010, jusqu’à la proposition de loi du député Daniel Fasquelle en décembre 2016, visant à interdire le recours à la psychanalyse dans la prise en charge de l’autisme — proposition à laquelle se sont opposés de nombreux professionnels, dont le pédopsychiatre-psychanalyste Bernard Golse, et qui n’a pas été adoptée. Le même scénario s’est rejoué en novembre 2025 avec l’amendement n° 159 au projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, dont le retrait, obtenu après une mobilisation professionnelle et citoyenne de grande ampleur analysée au § 1.17, constitue sur ce terrain une victoire populaire autant que professionnelle.
La réalité de la pratique clinique contemporaine est très différente de cette caricature. Les pédopsychiatres, psychologues et psychanalystes qui travaillent aujourd’hui auprès d’enfants inscrivent presque systématiquement les parents dans le dispositif de soin : entretiens familiaux réguliers, guidance parentale, groupes de parole de parents, associations de familles co-construites avec les équipes soignantes, information loyale sur le diagnostic et ses limites. Cette évolution traduit une transformation profonde et déjà ancienne des pratiques appliquées à l’enfance : le parent n’y est plus pensé comme cause du trouble, mais comme partenaire indispensable du travail thérapeutique, détenteur d’une connaissance irremplaçable de son enfant, et lui-même parfois en souffrance et en besoin de soutien face à la difficulté de son enfant.
Ce travail de partenariat prend un relief particulier dans le champ de l’autisme, précisément celui où la caricature évoquée plus haut a été la plus virulente. Les praticiens du soin psychique qui accompagnent aujourd’hui des enfants présentant un trouble du spectre de l’autisme travaillent en confiance étroite avec leurs parents, et non contre eux : ils les aident à comprendre et à traverser les difficultés bien réelles, et parfois épuisantes, de l’interaction parentale que ce trouble peut engendrer — décalages dans la communication et le partage émotionnel, incompréhensions réciproques, sentiment d’échec ou d’impuissance des parents face aux réactions de leur enfant —, sans jamais leur attribuer la responsabilité du trouble lui-même. Ce soutien à la relation parent-enfant, loin d’être une survivance théorique dépassée, constitue aujourd’hui l’un des apports les plus concrets et les plus demandés par les familles elles-mêmes de la clinique psychodynamique et institutionnelle de l’autisme, en complément des interventions éducatives et comportementales. Cette évolution s’accompagne d’une adaptation, elle aussi réelle, des praticiens au nouveau statut du diagnostic dans le paysage sanitaire et social. Loin de récuser par principe les catégories du DSM ou de la CIM, la plupart des cliniciens travaillent aujourd’hui avec ces catégories — nécessaires à l’accès aux droits et à la coordination avec les autres professionnels — tout en conservant, à côté d’elles, une attention au sens singulier du symptôme pour cet enfant précis, dans cet environnement familial et historique singulier.


Ils participent aux équipes pluridisciplinaires, et impliquent, autant que faire se peut, les familles dans tout le processus de soin de leur enfant ; ils participent aux réunions de synthèse avec les enseignants référents, aux commissions des maisons départementales des personnes handicapées, et à la rédaction de projets personnalisés de scolarisation. Cette articulation entre la nomenclature partagée, nécessaire à la vie institutionnelle et sociale, et l’attention clinique à la singularité, nécessaire au travail thérapeutique, constitue aujourd’hui la norme de la pratique de terrain, bien plus que ne le laisse entendre la polémique publique.