Les demandesPouvoirs publics · Haute Autorité de Santé

Les douze demandes

Ce que le livre blanc demande, en toutes lettres : douze exigences que les pouvoirs publics et la Haute Autorité de Santé sont invités à reconnaître explicitement dans l’élaboration de leurs recommandations et de leurs politiques de santé mentale de l’enfant.

  1. 01

    Reconnaître que le niveau de preuve A n’est pas le critère adéquat pour la majorité des interventions en pédopsychiatrie

    reconnaître que le niveau de preuve A n’est pas, pour la grande majorité des interventions en pédopsychiatrie, un critère d’évaluation adéquat — non parce que la discipline serait trop faible pour l’atteindre, mais parce que cet instrument, calibré pour un autre type d’objet, ne mesure pas ce qui fait l’efficacité d’une intervention psychique —, et que la présomption scientifique et l’accord professionnel y constituent, à ce titre, le régime de preuve propre de la discipline et non un régime dégradé ;
  2. 02

    Donner une place réelle et financée aux méthodes alternatives d’évaluation

    accorder aux méthodes alternatives d’évaluation — cas unique formalisé, méthodes cliniques comparées, recherche fondée sur la pratique, recherche qualitative, études observationnelles de long terme en conditions réelles — une place méthodologique réelle et financée dans l’élaboration des recommandations, plutôt que de les reléguer systématiquement en deçà des interventions validées par essai randomisé ;
  3. 03

    Reconnaître les psychothérapies psychodynamiques et institutionnelles comme des interventions complexes légitimes

    reconnaître explicitement, à la suite du cadre méthodologique du Medical Research Council britannique, que les psychothérapies psychodynamiques, la psychothérapie institutionnelle, les interventions psychanalytiques, le psychodrame analytique ainsi que les approches intégratives et développementales telles que la méthode des 3i constituent des interventions complexes légitimement évaluées par des méthodes ajustées à leur nature ;
  4. 04

    Garantir la liberté thérapeutique du clinicien et le libre choix informé des familles

    garantir la liberté thérapeutique du clinicien et le droit des enfants et de leurs familles à être informés loyalement de la pluralité des approches validées et à demeurer libres d’y recourir ;
  5. 05

    Refuser toute restriction de l’offre fondée sur des études d’efficience non soumises à examen contradictoire

    refuser toute restriction de l’offre de soins psychodynamiques ou institutionnels fondée sur des études d’efficience dont l’horizon temporel et les hypothèses méthodologiques n’ont pas été soumis à un examen contradictoire indépendant ;
  6. 06

    Soutenir en priorité l’offre publique de proximité : CMP, CMPP, hôpitaux de jour

    soutenir en priorité l’offre de soins publique de proximité — centres médico-psychologiques, centres médico-psycho-pédagogiques, hôpitaux de jour — en agissant sur la démographie médicale, l’attractivité des carrières et la continuité du lien thérapeutique, et redéployer vers elle une part des moyens concentrés depuis dix ans sur les dispositifs d’évaluation et d’orientation, dont la multiplication a contribué à la vider de ses professionnels sans réduire aucun des délais qu’elle devait résorber ;
  7. 07

    Faire de la pédopsychiatrie une priorité de santé publique dotée de moyens propres

    faire de la pédopsychiatrie une priorité de santé publique dotée de moyens propres, sans l’isoler de la psychiatrie générale ni de la médecine de l’enfant et de l’adolescent, et structurer des dispositifs de transition entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte pour les adolescents et jeunes adultes ;
  8. 08

    Financer une recherche équilibrée entre psychiatrie de précision et recherche clinique de terrain

    financer une politique de recherche équilibrée entre psychiatrie dite de précision et recherche clinique de terrain, à la hauteur de ce que documentent, l’une comme l’autre, leurs résultats respectifs ;
  9. 09

    Intégrer la dimension culturelle, sociale et anthropologique dans la formation et les dispositifs

    intégrer la dimension culturelle, sociale et anthropologique de la souffrance psychique de l’enfant et de l’adolescent dans la formation des professionnels et dans la conception des dispositifs de soin ;
  10. 10

    Rendre publique la composition des groupes d’experts et leurs liens d’intérêts

    rendre publique la composition des groupes d’experts, commissions et comités de sélection intervenant en santé mentale de l’enfant, exiger la déclaration systématique des liens d’intérêts financiers et institutionnels de leurs membres, et rééquilibrer leur composition afin qu’elle reflète la diversité réelle des pratiques cliniques plutôt que le seul rapport de forces issu du lobbying et de la communication institutionnelle.
  11. 11

    Doter la politique de santé mentale de l’enfant d’une conception d’ensemble de ses dispositifs

    doter la politique publique de santé mentale de l’enfant et de l’adolescent d’une conception d’ensemble de l’architecture de ses dispositifs : conditionner la création de tout dispositif nouveau à la démonstration préalable qu’aucune structure existante n’en porte déjà la mission, réexaminer dispositif par dispositif les moyens engagés dans la fonction d’évaluation et d’orientation, et lever le clivage administratif entre structures sanitaires et structures médico-sociales qui produit aujourd’hui, à lui seul, une part des ruptures de parcours ;
  12. 12

    Reconnaître, protéger et financer la capacité d’initiative des équipes de terrain

    reconnaître, protéger et financer la capacité d’initiative des équipes de terrain, dont l’histoire de la psychiatrie française établit qu’elle a produit l’essentiel des dispositifs de proximité aujourd’hui en service, en réservant dans les financements publics une part identifiée aux projets conçus par les équipes elles-mêmes plutôt qu’aux seuls appels à projets à cahier des charges préétabli.

Ces douze demandes closent la troisième partie du livre blanc, au paragraphe 3.17. Elles y sont précédées des dix-sept chapitres de propositions dont elles constituent la synthèse, et d’un calendrier de mise en œuvre distinguant le court terme, la mandature et le temps long.

Soutenir ces demandesLire le § 3.17 dans le texte