Partie 2CONTRE LE RÉDUCTIONNISME ET LE SCIENTISME, POUR UN PLURALISME ÉPISTÉMOLOGIQUEPage 86
2.2

Ce que ce livre blanc reconnaît : la valeur de la démarche scientifique

Il importe de dire d’emblée, avec la plus grande clarté, ce que cette partie défend. Elle défend une psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent pleinement engagée avec la science, attentive à la fois à la démarche clinique — qui comprend l’intuition, mais aussi le repérage méthodique des signes — et à l’exigence de démonstration. Elle reconnaît la légitimité de la génétique psychiatrique, de l’imagerie cérébrale, des essais contrôlés randomisés lorsqu’ils sont pertinents pour la question posée, et des classifications internationales comme outils de communication entre professionnels et comme voie d’accès aux droits. Les praticiens qui soutiennent ce livre blanc travaillent, pour la plupart, en institution, aux côtés de pédiatres, de neuropédiatres, de généticiens et de collègues engagés dans les approches cognitivo-comportementales, et souhaitent construire des passerelles entre une pédopsychiatrie « humaniste », soucieuse du sujet, et une pédopsychiatrie pharmacologique, soucieuse de la preuve — les deux exigences se renforçant l’une l’autre plutôt que de s’exclure.

Ce que ce livre blanc conteste, c’est une dérive précise et documentée : la transformation d’une hiérarchie des preuves conçue pour évaluer des interventions thérapeutiques simples — un médicament, une pathologie organique bien circonscrite, un critère de jugement objectivable — en critère quasi exclusif d’élaboration des recommandations de bonnes pratiques, d’autorisation ou d’exclusion de certaines approches, et d’orientation des politiques de remboursement en pédopsychiatrie. Cette dérive porte un nom : le scientisme, entendu non comme un excès de science, mais comme l’extension indue d’un mode de preuve technique, légitime dans son domaine propre, à des questions qui engagent d’autres dimensions, relevant notamment des sciences humaines — le sens, la parole, l’histoire du sujet et la relation entre un enfant, sa famille et son thérapeute. C’est cette extension indue, et non la démarche scientifique elle-même, qui constitue la cible de la critique qui suit.