Partie 2CONTRE LE RÉDUCTIONNISME ET LE SCIENTISME, POUR UN PLURALISME ÉPISTÉMOLOGIQUEPage 102
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La médecine narrative : une voie de dépassement de l’opposition entre preuve et clinique

Une autre voie de dépassement de l’opposition entre « preuves » et « clinique » mérite d’être mentionnée, tant elle éclaire utilement le débat ici exposé : le concept de narrative-based medicine (« médecine fondée sur le récit »), proposé par les médecins généralistes britanniques Trisha Greenhalgh et Brian Hurwitz. Les auteurs y soutiennent que le récit que le patient — et, chez l’enfant, le récit que ses parents et lui-même construisent ensemble — fait de sa souffrance et de son histoire constitue une source de connaissance clinique irréductible aux données statistiques agrégées, et que l’attention portée à la structure narrative du cas — mise en intrigue, temporalité, points de vue multiples de l’enfant ou de l’adolescent, des parents et des enseignants — complète utilement l’evidence-based medicine plutôt qu’elle ne s’y oppose. Cette perspective trouve un écho direct dans l’ensemble des arguments développés dans cette partie en faveur de la méthode du cas unique et de l’attention portée au sens subjectif de l’expérience psychique de l’enfant, et renforce l’argument en faveur d’un pluralisme des sources de connaissance clinique en pédopsychiatrie.