Partie 2CONTRE LE RÉDUCTIONNISME ET LE SCIENTISME, POUR UN PLURALISME ÉPISTÉMOLOGIQUEPage 97
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La psychiatrie dite de précision appliquée à l’enfant : des promesses réelles, des résultats encore modestes

Il faut rendre justice au programme de la psychiatrie dite de précision appliquée à l’enfant : porté en France notamment par le programme et équipement prioritaire de recherche PROPSY, doté d’un budget de quatre-vingts millions d’euros sur cinq ans dans le cadre du plan d’investissement France 2030, il repose sur des équipes sérieuses, des financements publics considérables et une ambition scientifique légitime, en particulier pour certains syndromes rares à forte composante héréditaire et pour l’amélioration du suivi longitudinal par les outils numériques. Ce programme ne doit être ni caricaturé ni écarté d’un revers de main.

Mais quinze ans après le lancement, aux États-Unis, du projet Research Domain Criteria par Thomas Insel, alors directeur du National Institute of Mental Health, force est de constater que la promesse centrale — la découverte de biomarqueurs fiables permettant de fonder le diagnostic psychiatrique de l’enfant sur une base biologique objective — ne s’est pas réalisée à l’échelle attendue. Aucune signature cellulaire ou génétique n’a été découverte à ce jour pour un trouble mental de l’enfant donné, et nul n’est parvenu à développer un test sanguin ou une imagerie cérébrale fiable correspondant précisément à une catégorie diagnostique du DSM. L’aveu le plus frappant sur les limites de ce programme ne vient d’ailleurs pas de ses adversaires, mais de son principal architecte : Thomas Insel a reconnu publiquement après son départ du NIMH avoir, en treize années et pour un coût de l’ordre de vingt milliards de dollars, permis la publication de nombreux articles scientifiques sans pour autant « faire bouger l’aiguille » sur la réduction du suicide, des hospitalisations ou l’amélioration du rétablissement des personnes souffrant de troubles mentaux.

Ce déséquilibre entre l’ampleur des moyens engagés dans la précision biologique et la modestie de ses résultats cliniquement transposables pour l’enfant contraste avec la faiblesse chronique des financements alloués à la recherche sur les psychothérapies relationnelles et sur la psychothérapie institutionnelle de l’enfant, alors même que ces dernières produisent, avec des moyens dérisoires en comparaison, des résultats robustes documentés par la littérature internationale et française. Une politique de recherche équilibrée en santé mentale de l’enfant devrait tirer les conséquences de ce contraste, plutôt que de continuer à faire de la seule voie biologique le critère implicite de scientificité et de financement.