Un dernier ensemble de résultats mérite d’être signalé, tant il touche directement à ce qui distingue une pédopsychiatrie du lien d’une pédopsychiatrie strictement protocolisée : la recherche sur les facteurs communs aux différentes psychothérapies, menée depuis plusieurs décennies notamment par les travaux de Bruce Wampold, professeur émérite de psychologie et directeur d’un centre de recherche en psychiatrie, montre de façon remarquablement convergente, à travers des centaines d’études et plusieurs méta-analyses, que la qualité de l’alliance thérapeutique — la relation de confiance qui s’établit entre l’enfant ou l’adolescent, sa famille et le thérapeute — explique une part de la variance des résultats thérapeutiques au moins comparable à celle qu’explique la technique spécifique employée, quelle que soit l’orientation théorique du praticien. Ce résultat, obtenu par des méthodes quantitatives rigoureuses et publié dans les revues les plus exigeantes de la discipline, ne constitue nullement un argument contre la nécessité d’une formation technique solide des thérapeutes de l’enfant et de l’adolescent : il constitue en revanche un argument scientifique de poids contre l’idée que seule la conformité à un protocole manualisé garantirait l’efficacité d’une prise en charge, et en faveur de la reconnaissance de la relation elle-même, longtemps reléguée au rang de facteur « non spécifique », comme un objet de recherche et de formation à part entière. C’est précisément cette relation, ce lien construit dans la durée entre l’enfant, sa famille et son thérapeute, que la pédopsychiatrie humaniste défendue dans ce livre blanc place au cœur de sa pratique — non par posture idéologique, mais parce que la recherche empirique la plus rigoureuse en confirme, année après année, l’importance déterminante.
Partie 2CONTRE LE RÉDUCTIONNISME ET LE SCIENTISME, POUR UN PLURALISME ÉPISTÉMOLOGIQUEPage 103
2.14