La sixième proposition consiste à décliner ce pluralisme méthodologique et cette exigence de continuité du lien pour chacun des grands champs de pathologie évoqués dans la première partie, en refusant toute réponse univoque et en articulant systématiquement les registres biologique, relationnel, éducatif, social et familial.
Pour le trouble du spectre de l’autisme, cela signifie soutenir à la fois les approches éducatives et comportementales structurées, dont l’efficacité sur certains apprentissages est documentée, et les approches institutionnelles et psychodynamiques attentives à la relation et à la singularité du sujet autiste, dans le respect de ses propres initiatives plutôt que dans une visée normative a priori — deux registres dont l’articulation, plutôt que l’opposition stérile qui a marqué le débat français depuis une quinzaine d’années, sert le mieux l’intérêt de l’enfant et de sa famille. Pour le TDAH, cela signifie ne pas réduire la réponse à la seule prescription de méthylphénidate, mais l’inscrire dans une évaluation globale prenant en compte le contexte scolaire, familial et social, et proposer, en complément ou en alternative au traitement pharmacologique selon les cas, un accompagnement psychothérapeutique et une guidance parentale. Pour les troubles anxieux et dépressifs, cela signifie combiner, selon la sévérité et la préférence de l’enfant et de sa famille, psychothérapies psychodynamiques, thérapies cognitivo-comportementales, thérapies familiales et, dans les formes sévères, traitement médicamenteux prudent et réévalué. Pour les troubles des conduites alimentaires, cela signifie une prise en charge résolument pluridisciplinaire associant pédiatrie, psychiatrie et psychothérapie familiale. Pour les psychotraumatismes, cela signifie soutenir le développement des dispositifs spécialisés tout en veillant à ce que la technicité des protocoles thérapeutiques ne se substitue jamais à l’écoute du sens singulier que l’enfant ou l’adolescent donne à ce qu’il a vécu. Pour les enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance et les mineurs non accompagnés, cela signifie une vigilance renforcée contre le risque de sur-psychiatrisation d’une souffrance dont l’origine est aussi sociale et institutionnelle, et un investissement accru dans la stabilité des parcours de placement, condition élémentaire de tout travail thérapeutique durable. Cela suppose également de se pencher sur les conditions d’accueil des enfants confiés, et en particulier sur les taux d’encadrement dans les institutions qui les reçoivent.
