Ce livre blanc invite à une inspiration réfléchie et adaptée aux traditions institutionnelles et culturelles françaises plutôt qu’à une transposition mécanique de tel ou tel modèle étranger, tant les systèmes de santé mentale de l’enfant demeurent profondément ancrés dans ces traditions nationales. Il est à ce titre instructif de noter que la reconnaissance méthodologique des interventions complexes par le Medical Research Council britannique, dans sa refonte de 2021, a été produite conjointement avec le National Institute for Health Research (NIHR), l’agence publique britannique de financement de la recherche appliquée en santé — et non avec le National Institute for Health and Care Excellence (NICE), l’autorité britannique d’évaluation des technologies de santé et homologue de la Haute Autorité de Santé française. Cette précision renforce la pertinence de l’exemple britannique pour la France : le NICE demeure, dans sa mission comme dans sa position institutionnelle, l’équivalent le plus proche de la Haute Autorité de Santé, et le fait qu’un système de santé publique aussi rigoureux que le système britannique ait pu se doter, par la conjonction du MRC et du NIHR, d’un cadre reconnaissant pleinement le statut scientifique des interventions complexes constitue un précédent que la Haute Autorité de Santé française gagnerait à examiner.
Cette même expérience britannique, on l’a vu au § 1.11, appelle cependant une lecture nuancée : le système anglais a par ailleurs développé, pour l’autisme et le TDAH de l’enfant, un modèle de centres diagnostiques de troisième ligne dont l’expérience concrète — délais d’attente considérables, fracture entre familles selon leurs ressources, diagnostic dissocié du soin — constitue à l’inverse une mise en garde de première importance contre toute tentation, en France, de reproduire ce modèle spécifique sans en corriger les défauts structurels aujourd’hui reconnus par les autorités anglaises elles-mêmes. La comparaison internationale doit donc s’exercer avec discernement : elle peut légitimement inspirer, comme le cadre du MRC, une évolution méthodologique de l’évaluation des interventions complexes, tout en mettant en garde, comme l’expérience des centres de troisième ligne, contre une organisation de l’offre de soins qui séparerait le diagnostic du soin. De la même manière, plusieurs pays d’Europe du Nord ont développé des dispositifs de pédopsychiatrie de secteur combinant financement public, continuité du lien thérapeutique et pluralité des approches reconnues, dont l’examen comparé pourrait utilement nourrir la réflexion française sur la reconstruction de son offre de soins de proximité.