Conscient que la réalisation de ces propositions ne peut être immédiate, ce livre blanc esquisse un calendrier réaliste, distinguant ce qui relève de l’urgence, du moyen terme et du temps long, afin que ce texte ne demeure pas un catalogue de vœux mais une feuille de route opérationnelle. À court terme, dans l’année qui vient, plusieurs mesures peuvent être engagées sans attendre : l’intégration explicite, dans les prochaines recommandations de la Haute Autorité de Santé relatives à la pédopsychiatrie, d’une mention de la pluralité méthodologique légitime et du statut d’intervention complexe reconnu par le Medical Research Council ; l’ouverture d’un dialogue formel entre la Haute Autorité de Santé, les sociétés savantes, les enseignants-chercheurs et les praticiens de terrain de la pédopsychiatrie et de la psychologie, et les associations de familles sur la révision des critères d’évaluation des psychothérapies de l’enfant ; le lancement d’un audit indépendant et contradictoire des études d’efficience utilisées pour orienter les politiques de remboursement en santé mentale de l’enfant ; et le fléchage, dans les prochains appels à projets de recherche de l’Inserm et de la Fédération française de psychiatrie, d’une enveloppe identifiée pour la recherche clinique de terrain.
À moyen terme, sur la durée d’une mandature, il conviendra d’engager la reconstruction de l’offre de soins publique de proximité par un plan pluriannuel de recrutement et de revalorisation des carrières en pédopsychiatrie hospitalière, la généralisation des instances de coordination territoriale décrites plus haut, la structuration de dispositifs de transition entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte pour les seize-vingt-cinq ans, et le renforcement de la pédopsychiatrie de liaison dans les hôpitaux généraux et pédiatriques.
À plus long terme, sur une décennie, il s’agira de transformer en profondeur la formation initiale des futurs pédopsychiatres, psychologues et professionnels de l’enfance pour y consolider l’enseignement du pluralisme méthodologique et de la clinique transculturelle, de construire une base de données nationale de suivi longitudinal des enfants pris en charge en pédopsychiatrie publique, alimentée aussi bien par les indicateurs de la psychiatrie dite de précision que par ceux de la recherche clinique de terrain, et de faire de la France un contributeur reconnu, à l’échelle internationale, d’une pédopsychiatrie à la fois rigoureuse sur le plan scientifique et fidèle à l’exigence du sujet — dans la continuité de ce que les travaux de Jean-Michel Thurin, de Jonathan Shedler ou du Medical Research Council britannique ont déjà, chacun à leur manière, commencé à établir.
Ce calendrier n’a pas vocation à figer un programme détaillé que ce livre blanc n’a pas la prétention de dicter aux pouvoirs publics : il vise seulement à montrer que le pluralisme épistémologique et les propositions concrètes défendues dans ce texte peuvent se traduire, dès aujourd’hui, en actions précises, vérifiables et budgétées, et non demeurer un horizon indéfiniment reporté.