Partie 3PROPOSITIONS POUR UNE PÉDOPSYCHIATRIE PLURIELLE, HUMAINE ET ACCESSIBLEPage 122
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Faire de la pédopsychiatrie une priorité nationale, articulée à la psychiatrie générale

La cinquième proposition consiste à demander que la pédopsychiatrie soit reconnue comme une priorité de santé publique à part entière, dotée de moyens et d’une visibilité institutionnelle propres, sans pour autant être isolée ou coupée de la psychiatrie générale et de la médecine de l’enfant.

Faire de la pédopsychiatrie une priorité signifie, concrètement, garantir un financement pérenne et à la hauteur des besoins documentés dans la première partie de ce livre blanc, soutenir la recherche et la formation universitaire dans la spécialité, et donner à la prévention précoce — psychiatrie périnatale, unités d’hospitalisation conjointe mère-bébé, soutien à la parentalité dès la grossesse — une place bien plus importante qu’aujourd’hui, tant il est documenté que les interventions les plus précoces sont aussi, dans de nombreuses situations, les plus efficaces et les moins coûteuses à long terme. Cela signifie également une attention accrue portée à la santé mentale des parents eux-mêmes, en particulier des mères en période périnatale, dont la souffrance psychique non traitée constitue un facteur de risque documenté pour le développement de l’enfant.

Mais cette priorité ne doit pas conduire à isoler artificiellement la pédopsychiatrie de la psychiatrie de l’adulte. L’expérience clinique montre, de façon constante, la continuité des trajectoires entre l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte : un trouble anxieux ou dépressif non traité chez l’enfant ou l’adolescent expose à un risque accru de trouble psychiatrique à l’âge adulte, un premier épisode psychotique chez l’adolescent nécessite une articulation étroite entre équipes de pédopsychiatrie et de psychiatrie générale, et la transition entre les services de pédopsychiatrie et les services de psychiatrie adulte — souvent brutale, autour de la majorité légale — constitue aujourd’hui un point de rupture de parcours documenté et préoccupant. Ce livre blanc appelle donc à ce que la pédopsychiatrie soit pensée comme un maillon, prioritaire mais non isolé, d’un parcours de soin psychique continu de la période périnatale à l’âge adulte, avec des dispositifs de transition structurés entre pédopsychiatrie et psychiatrie générale, en particulier pour les adolescents de seize à vingt-cinq ans, période de vulnérabilité psychique majeure et de rupture institutionnelle fréquente.