Les constats dressés en 1.17 conduisent ce livre blanc à formuler, sur le dispositif « Mon soutien psy », des demandes précises. Il ne demande pas la suppression du principe d’une prise en charge par la solidarité nationale de l’accès au psychologue qui répond à une injustice réelle, et rien ne serait gagné à renvoyer les familles au régime antérieur, où le soin psychologique de l’enfant était réservé à celles qui pouvaient l’acheter. Il demande une refondation de l’architecture de ce principe.
Une première exigence est de reconstruire entièrement un système de remboursement des consultations chez le psychologue en concertation avec les principales organisations de psychologues. Les psychologues sont les premiers spécialistes de leur discipline et de leur pratique professionnelle. Ils sont les mieux à même d’évaluer les besoins du public en la matière.
La seconde, lors de cette reconstruction, est de tenir compte des critiques depuis toujours formulées par les psychologues : la question du nombre de séances financées, la référence au médical qui ne fait que ralentir les prises en charge et engorger la médecine de ville déjà surchargée, la suppression de critères d’inclusion, qui de fait, créent des critères d’exclusion, la totale transparence dans la construction du nouveau dispositif de remboursement, le respect de la spécificité de la profession de psychologue issue des Sciences Humaines, le respect d’une réelle pluralité des approches.
Un investissement au moins équivalent dans l’offre publique de proximité pourrait conduire, selon le calcul d’organisations comme la CPL à la possibilité de recruter jusqu’à 4000 psychologues dans les CMP et ailleurs, là où les besoins sont criants. Ce livre blanc demande que le bilan de réalisation des 800 postes en centres médico-psychologiques annoncés le 28 septembre 2021 — le jour même où était annoncé le remboursement des consultations — soit rendu public. Il demande également la conduite de l’étude d’impact que la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la santé mentale et le handicap a recommandée en décembre 2025, mesurant l’effet du dispositif sur les délais d’attente en centre médico-psychologique et en centre médico-psycho-pédagogique, ainsi que sur les programmes financés par les agences régionales de santé en protection de l’enfance, en périnatalité et en santé au travail. Tant que cette étude n’aura pas été conduite, l’affirmation gouvernementale selon laquelle les investissements sont « distincts et complémentaires » et l’affirmation syndicale selon laquelle le second se substitue au premier resteront l’une et l’autre invérifiables — ce qui, s’agissant de plus de cent millions d’euros d’argent public et de l’accès aux soins d’un million de personnes, n’est pas acceptable. Ce livre blanc ajoute enfin que la concentration de 89 % des psychologues conventionnés en zone urbaine appelle un mécanisme correcteur explicite, faute de quoi le dispositif aggravera les inégalités territoriales que la logique de secteur, défendue en 3.4, avait précisément pour objet de réduire.
Il faut enfin nommer ce que le débat public sur ce dispositif évite soigneusement de nommer : l’égalité qu’il promet est, pour une part, une illusion d’optique. La consultation en centre médico-psychologique et en centre médico-psycho-pédagogique est gratuite — sans avance de frais, sans complémentaire santé, sans plafond de séances, sans liste de troubles éligibles et sans avis psychiatrique pour poursuivre au-delà de la douzième séance. « Mon soutien psy » propose douze séances par an, prises en charge à 60 % par l’Assurance maladie et à 40 % par les organismes complémentaires, ce qui laisse hors de la gratuité les trois millions de personnes qui vivent sans mutuelle, et n’ouvre ce droit qu’aux situations entrant dans une liste administrative dont le § 1.17 a montré qu’un tiers des patients réellement reçus n’y répondaient pas. Autrement dit, le dispositif ne crée pas un accès égal : il crée un droit plafonné, partiellement payant et conditionné, à côté d’un droit gratuit et sans plafond que la pénurie a rendu inaccessible.

La conclusion s’impose d’elle-même, et ce livre blanc l’assume : la réponse juste à un délai de dix-huit mois en centres médico-psychologiques n’est pas d’ouvrir à côté un circuit payant partiellement remboursé, c’est de financer les centres médico-psychologiques ainsi que les structures existantes, qui offrent déjà des consultations gratuites pour tous les citoyens, sur tout le territoire, sans discrimination. Que l’on ait su engager, en trois ans, plus de cent millions d’euros de remboursements sur le dispositif libéral, et que l’on soit toujours incapable de dire combien des huit cents postes annoncés le même jour de septembre 2021 ont été effectivement créés, ne relève pas d’un simple défaut de reporting : c’est l’indication la plus claire de l’ordre des priorités qui a été retenu. Ce livre blanc demande que cet ordre soit inversé — non par hostilité envers les psychologues libéraux conventionnés, dont le travail n’est pas en cause et dont beaucoup accueillent aujourd’hui des patients que le service public ne peut plus recevoir, mais parce qu’un dispositif de rattrapage ne peut pas tenir lieu de politique de soin, et qu’une solidarité qui s’arrête à la douzième séance et au seuil de la complémentaire santé n’est pas encore l’égalité.
L’urgence n’est pas le remboursement des consultations libérales, il est de donner les moyens aux structures qui existent déjà, qui offrent déjà des consultations gratuites pour tous les citoyens, sur tout le territoire, sans discrimination, et qui sont exsangues.