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Note terminologique : « soin psychique » et « psychiatrie du lien »

Ce livre blanc emploie, comme la plupart des textes institutionnels et académiques contemporains, l’expression « santé mentale », par commodité et parce qu’elle est devenue le vocabulaire commun des politiques publiques, des agences internationales et du débat public. Il importe cependant de signaler d’emblée que cette expression, et la définition qu’en donne l’Organisation mondiale de la santé — un état de bien-être permettant à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de contribuer à la vie de sa communauté —, ne recouvre que partiellement la réalité clinique à laquelle sont quotidiennement confrontés les praticiens de la psychiatrie du lien défendues dans ce texte. Cette définition, construite sur le modèle d’un état fonctionnel mesurable et normatif, tend à assimiler la souffrance psychique à un déficit de fonctionnement ou de bien-être, et se prête mal à rendre compte de ce qui sous-tend cette souffrance psychique dans toute sa complexité : le sens, le conflit intérieur, l’histoire singulière et la relation.

C’est pourquoi les praticiens qui soutiennent ce livre blanc marquent leur préférence pour le concept de soin psychique, qui leur paraît mieux ajusté à l’objet dont ils traitent et à la question des souffrances psychiques et psychologiques de l’enfant et de l’adolescent : il désigne non seulement un état à restaurer ou un fonctionnement à optimiser sur le modèle de la guérison médicale (medical recovery), mais aussi un travail clinique, parfois au long cours, centré sur l’écoute, le lien et l’accompagnement d’un sujet en souffrance et de sa famille, quelle que soit la forme que prend cette souffrance. C’est ce que l’on pourrait nommer, en traduisant la notion de « personal recovery », la guérison personnelle, ou plutôt le rétablissement : il n’exclut pas de garder certains symptômes et certaines prescriptions, mais qui permet au sujet de reprendre sa trajectoire de vie, souvent interrompue ou brisée par la pathologie mentale.

Ce soin psychique ne se limite pas, du reste, au soin du psychisme entendu au sens strict du soin médical, c’est-à-dire à l’intervention d’un praticien sur l’appareil psychique d’un patient conçu comme l’objet du traitement. Il est aussi, et peut-être avant tout, un soin par le psychisme : il repose sur l’interaction de deux psychismes, celui du patient et celui du soignant formé à cet effet, dont la qualité d’écoute, la capacité de contenance et l’expérience théorique et clinique constituent, autant que tout protocole, des outils indispensables du soin psychique.

Le texte continuera cependant, par commodité et pour rester lisible dans le cadre institutionnel où s’inscrivent ses propositions, à recourir à l’expression « santé mentale » dans son titre et dans une grande partie de son texte ; le lecteur est invité à entendre, chaque fois qu’elle apparaît, la réserve conceptuelle ici formulée, et à lui substituer mentalement, chaque fois que le contexte s’y prête, le concept de soin psychique.

Une seconde précision de vocabulaire est nécessaire. Ce livre blanc s’appuie de bout en bout sur la catégorie méthodologique des « interventions complexes », telle que le Medical Research Council britannique l’a établie et affinée depuis vingt-cinq ans, et il continuera d’en faire usage chaque fois qu’il s’agira de l’évaluation scientifique des pratiques : c’est le terme exact, et il n’en existe pas d’équivalent. Mais ce terme désigne une méthode d’évaluation, non une pratique clinique, et il s’est révélé peu opérant pour nommer, dans le débat public, ce que font réellement les praticiens qui portent ce texte. Aussi ce livre blanc parle-t-il désormais de psychiatrie du lien pour désigner cette clinique — celle qui prend appui sur la parole, la relation, l’histoire singulière de l’enfant, son environnement et le travail de confiance avec sa famille, et dont la durée est l’instrument autant que le cadre. L’expression n’ajoute aucune thèse à celles que ce texte défend : elle nomme, en trois mots compréhensibles hors du champ professionnel, ce que la formule « psychiatrie des interventions complexes » disait exactement mais que peu de lecteurs pouvaient entendre sans explication préalable. Le lecteur trouvera donc, dans les pages qui suivent, la psychiatrie du lien pour la pratique et les interventions complexes pour la catégorie méthodologique qui en fonde la légitimité scientifique.